Le Livre de Perle

Le Livre de Perle, Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse.

le livre de perleLes histoires de Timothée de Fombelle ne se racontent pas, ne se résument pas. Elles se dévoilent à petits pas, se construisent doucement, se chuchotent et se murmurent. Car il ne fait aucun doute que l’auteur est doué d’un grand talent de conteur. D’ailleurs, ici, l’univers du conte est bien mis à l’honneur. On a cette magie étrange, ces figures, cette atmosphère, ce mystère. Et le lecteur construit son puzzle, découvre des personnages dans leur intimité avant de savoir leur utilité narrative, saute d’époques en lieux, voyage et s’émerveille. Voilà ce qui peut fonctionner. Et puis, un autre lecteur peut trouver le puzzle trop long à se mettre en place, le fil conducteur trop ténu, les attentes quelque peu incertaines. Alors l’ennui survient et la magie n’opère pas. Mais n’est-ce pas aussi cela, toute la magie de l’écrivain ? De plaire totalement ou de ne pas charmer du tout ? Une seule solution pour vous faire votre opinion : tenter l’expérience !

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L’amour dure plus qu’une vie

L’amour dure plus qu’une vie, Ann Brashares, Anne Krief, Gallimard Jeunesse, Pôle fiction.

l'amour dure plus qu'une vieLe principe : ils se sont aimés dans d’autres vies. Lui, il s’en souvient parfaitement. Elle, beaucoup moins.
L’idée n’est pas très originale mais pourquoi pas. Sauf que, dans ce roman, on avance à vitesse d’escargot. On suit les vies passées du garçon et le quotidien actuel de la fille. Mais peu de croisement. Et surtout, zéro suspense. Si bien que j’en suis arrivée à me demander : mais pourquoi je lis ce roman ? Car l’histoire ne semble aller nulle part, et l’ennui survient vite. Du coup, au bout d’un peu plus d’un tiers, l’ouvrage m’est tombé des mains.

Une histoire sombre, très sombre

Une histoire sombre, très sombre, Ruth Brown, Gallimard Jeunesse, Folio Benjamin.

18198105_10154338655616423_1031268375_nPréparez-vous à avoir peur, très peur.
Approchez, approchez.
Lisez si vous osez.
Tournez les pages si vous le pouvez.
En aurez-vous le courage ?
Classique de la littérature pour la jeunesse, cet album met à la l’honneur la peur. Grandissant au fil des pages, le sentiment d’oppression envahit le lecteur comme les pages et on ne sait jusqu’à la fin à quelle sauce nous allons être mangés. Et quel dénouement coup de théâtre ! Quel plaisir de lecteur ! Je n’en dirai mot, à vous d’oser l’aventure. Alors, tentés ?

Le sel de nos larmes

Le sel de nos larmes, Ruta Sepetys, Bee Formentelli, Gallimard Jeunesse, Scripto.

le sel de nos larmesQuatre voix : celles d’Alfred, Joana, Florian et Emilia. Quatre voix pour quatre histoires, qui vont se croiser, s’entrecroiser, se rencontrer. Et le destin de chacun sera lié à celui des autres. Et tous seront sur ce maudit bateau.
Quel livre ! Mais quel livre ! L’alternance des quatre voix crée immédiatement un suspense qui donne envie de sans cesse tourner les pages. Comment en effet abandonner Joana pour passer à un autre personnage sans avoir hâte de revenir à la suite de son récit ? Et il en va de même pour les quatre autres, auquel on ne peut que s’attacher grandement ! Enfin… si l’on excepte Alfred.
Je suis impressionnée par le talent de l’auteur. Elle qui avait déjà tant brillé avec Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre revient ici avec un nouveau roman totalement bouleversant. Et lorsque le lien apparaît entre les deux œuvres, l’émotion grandit alors davantage encore.
Je ne veux rien raconter de l’histoire car elle se dévore quand on ne sait rien de qu’il va advenir. Mais, moi qui ignorais le tragique destin de ce bateau historique sur lequel vont embarquer les personnages (je ne spoile pas, c’est écrit sur la 4e de couverture), j’ai trouvé que ce récit était nécessaire, pour ne pas oublier, pour se souvenir, pour l’Histoire.
Quelle force dans les émotions, le suspense, les personnages ! Vraiment, Ruta Sepetys, quelle brillante auteur !

Chante, Luna

Chante, Luna, Paule du Boucher, Gallimard Jeunesse, Pôle fiction.

20170301_1658131939, c’est la guerre. Luna est juive et la jeune adolescente voit soudainement sa vie basculer. Au fil des mois, tout empire. L’après n’est jamais meilleur. La mort arrive et emporte, tour à tour, bon nombre de son entourage. Au sein de cette horreur, le souffle de Luna se fait musical : elle continue de chanter, toujours.
Le récit de Luna touche dès les premières pages. En effet, l’optimisme du personnage doit s’opposer à ce que connaît le lecteur de cette triste page d’Histoire : non, cela ne va pas s’arranger. Pourtant, c’est justement cet optimisme constant qui donne toute sa force au récit. L’histoire de Luna, pleine de rebondissements, devient de plus en plus sombre. Et, dans toute sa malchance, une brèche d’espoir la fait toujours sortir survivante des situations des plus inextricables.
Fort, marquant, ce roman se dévore d’une traite tant le lecteur a nécessairement envie de connaître le destin de Luna.

Le rêve de Sam

Le rêve de Sam, Florence Cadier, Gallimard Jeunesse, Pôle fiction.

le-reve-de-samSam est noir et, manque de chance, on est dans le sud des États-Unis dans les années 50. À cette époque et à cet endroit, la peau noire fait différence, la peau noire signe l’injustice, la peau noire veut dire que la vie n’est pas facile. Sam, et tant d’autres, se battent alors pour leurs droits.
Dans cette œuvre mi-fictionnelle mi-récit historique, on croise Rosa Parks et Martin Luther King. Sur fond de fresque historique, on suit un des possibles d’un personnage ayant pu exister, ayant dû exister. Forcément, la narration bouleverse, interroge, fait crier au scandale. On peut toutefois regretter que le fond historique soit par moment un peu trop narré comme factuel. Non pas qu’il eût fallu ajouter un faux pathos larmoyant, mais la personnalité des personnages s’effiloche par moment. Ceci mis à part, la lecture de ce roman est nécessaire, pour mieux connaître cette époque, ou pour découvrir une page d’Histoire, à ne pas oublier.

Big Easy

Big Easy, Ruta Sepetys, Bee Formentelli, Out of the easy, Gallimard Jeunesse, Pôle fiction.

big-easyJo est fille de putain. Vivant dans une maison close, elle aspire pourtant à un monde meilleur. Même, elle voudrait entrer à l’université. Arrivera-t-elle à décloisonner les mondes des années 50 ?
Quand je découvre que l’auteur de Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre a écrit un autre roman, je l’achète les yeux fermés. Une plume aussi aboutie ne peut décevoir. Et pari gagné : Ruta Sepetys réussit encore une fois à captiver l’attention dès la première phrase choc du roman et ce jusqu’à la dernière page. La montée en suspense sur la fin ajoute même encore plus de dynamisme et il est alors impossible de ne pas dévorer le roman. Les personnages sont réalistes, les scènes intenses, les rebondissements surprenants et l’histoire totalement envoûtante.
Voilà une auteur que je ne cesserai de lire tant elle parvient à plonger son lecteur dans l’univers voulu tout en lui donnant un véritable intérêt pour l’histoire. Bref : bravo !

Dormir, Aimer, Grandir, Jouer

Dormir, Aimer, Grandir, Jouer, Catherine Dolto, Gallimard Jeunesse, Giboulées, Babil.

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Voici quatre titres destinés aux très jeunes lecteurs. Dans Dormir, on découvre tous les rituels du coucher, de l’histoire au bisou, en passant par la description de la chambre. Dans Aimer, on a le droit d’aimer ou de ne pas aimer certaines choses. Dans Jouer et Grandir, on découvre des scènes qui font grandir, qui font dire « oui » ou « non » et qui sont susceptibles d’émerveiller les plus petits.
Cette série est parfaitement adaptée à l’éveil des jeunes bébés. Le texte est minimaliste mais très bien pensé pour qu’en juste quelques mots la scène marque l’esprit du bébé. Les images sont rondes, colorées, très simples encore pour aller à l’essentiel.
Les bébés adorent manipuler ce titre tout en carton bien épais et à la couverture douce. Ils aiment aussi lire et relire ces scènes afin de se les approprier, de mieux comprendre les rituels, le quotidien, les relations avec les autres. Pour les CD vendus avec, c’est un peu du gadget, on peut amplement s’en passer.
Pour moi, ces quatre titres forment une série indispensable à avoir dans la bibliothèque de bébé, à lire autant de fois qu’il le souhaite.

Animale, La malédiction de Boucle d’Or

Animale, La malédiction de Boucle d’Or, Victor Dixen, Gallimard Jeunesse.

animalePour rappel, j’ai adoré les Phobos. J’avais donc une assez grande confiance en l’auteur en ouvrant ce titre (précédemment publié). Mais on a aussi toujours la peur de la déception quand on a trop aimé. Ici, point de déception au rendez-vous ! Victor Dixen montre encore une fois dans cette œuvre qu’il sait manier la plumer avec un grand talent. On retrouve ses grandes qualités : savoir construire une histoire comme un savant puzzle qui s’agence au fil des pages, créer des personnages fort attachants et très charismatiques et avoir un style fluide qui incite à tourner les pages sans s’arrêter. Et pourtant, le style est ici beaucoup moins fluide et naturel que dans Phobos : l’écriture est plus travaillée, les phrases plus savamment orchestrées et le vocabulaire plus soutenu. Mais quelle est donc l’histoire ? Je ne peux en dire mot. Si je commence à raconter, je vais dénaturer ce charme magique qui opère quand on plonge dans l’univers créé par l’auteur. Bien sûr, on a des indices en ouvrant l’ouvrage : on a un titre qui évoque une réinterprétation d’un conte classique. Mais Animale est bien plus que cela. L’atmosphère des contes se retrouve par contre parfaitement : on est tantôt angoissé, tantôt happé par une terrible peur, ou bien encore tenaillé par un suspense grandissant. En un mot, Victor Dixen a plus que relevé le défi de sa réécriture : il sait charmer et surprendre son lecteur. On en redemande !

Tous nos jours parfaits

Tous nos jours parfaits, Jennifer Niven, traduit par Vanessa Rubio-Barreau, Gallimard Jeunesse.

HS-TOUS NOS JOURS PARFAITS2.inddViolet et Finch n’étaient pas destinés à se rencontrer. Et pourtant, un jour, en haut d’un clocher, les voilà tous les deux perchés. Prêts à sauter ? En tout cas, ils s’y croisent. Et cette rencontre va bouleverser leur vie.
Le duo d’un ado qui veut en finir à tout prix avec la vie et d’une ado dont la sœur est morte est une idée prometteuse. Les personnages sont ainsi riches en personnalités torturées et cela donne en général force au récit. Ici, on retrouve certaines qualités et un ton assez similaire aux romans de John Green. Parler du suicide n’est évidemment pas chose facile et Jenniver Niven parvient à éviter le pathos et à véritablement questionner les lecteurs. Mais il y a tout de même une grande dose de guimauve. En effet, même si les pensées des personnages sont bien retranscrites, il ne se passe pas grand chose comme rebondissements et ce flux de pensée devient trop marqué en pathos. On aboutit malheureusement à la guimauve larmoyante, arrivant sournoisement par d’autres entrées, notamment celles de l’amour et de l’amitié qui sont abordés de manière plus classiques et parfois teintés de clichés. C’est dommage car le début donnait vraiment envie de poursuivre. Heureusement, finalement, le troisième tiers est meilleur et le dénouement, assez fort, interroge. Si l’on excepte le milieu un peu guimauve, on a ainsi un bon titre qui devrait charmer les lecteurs.