Trois jours à Oran

Trois jours à Oran, Le désir et la peur, Anne Plantagenet, J’ai lu.

trois jours à oranAccompagnée de son père, pied-noir qui a dû quitter son Algérie natale, l’auteur raconte ce retour, ou plutôt cette découverte, au sein de ce pays d’origine.
Ce voyage, Anne Plantagenet nous y invite au fil des pages. Avec elle, on se sent guidé, tenu par la main. Et l’on voit arriver le soleil, la terre sablée, les rues, les odeurs.
Tout en offrant le récit de ce périple, l’auteur casse la chronologie afin de nous narrer également son passé, récent ou lointain, pour mieux saisir ses émotions. Et celles de son père sont tout aussi palpables. Les noms des rues qui ont, ou non, changé, la famille que l’auteur tente de visualiser, les origines, certaines, sur cette terre si méconnue… tout crée le bouleversement tant chez l’auteur que chez le lecteur. Quant à la postface, nécessaire, elle permet de mieux comprendre, de replacer dans un contexte, de répondre aux éventuelles questions que l’on peut avoir.
Après ce voyage littéraire de trois jours, il est certain que l’on n’a qu’une seule envie : monter dans le premier avion, avec son papa pied-noir, pour qu’il nous narre, à son tour, ce passé mouvementé finalement pas si lointain.

D’un côté… et de l’autre

D’un côté… et de l’autre, Gwendoline Raisson, Ella Charbon, L’école des loisirs, Loulou & Cie.

DunCoteEtDeLautre-entier_Mise en page 1Mais que fait-il donc là, cet étrange mur, qui bloque tout passage et dont on ne voit pas ce qu’il cache ? Un ballon apparaît, puis des avions… Et toute tentative pour passer de l’autre côté se solde par un échec. Ah non ! Il y a un trou…
À ce moment de la lecture, grand vertige, la lecture change de sens et le lecteur est invité… de l’autre côté. Là-bas, deux oursons s’interrogent également et se demandent même si un monstre ne serait pas de l’autre côté. Finalement, les voilà qui découvrent à leur tour le fameux trou.
Les pages se répondent, le parallélisme prend son sens et le plaisir de lecture s’étend alors sur plusieurs lectures. En effet, il faut du temps, pour les plus jeunes lecteurs, pour établir toutes les connexions entre les pages et bien positionner les éléments de l’histoire. Mais quand, magie !, tout prend sens, quel plaisir de lecture ! Quant aux illustrations, graphiques et simples, elles aident à concentrer l’attention sur l’essentiel.
Une belle aventure littéraire, un beau jeu de lecture experte, pour les plus jeunes, dont les compétences seront déployées en même temps que grandira le rire de la compréhension.

La culotte du loup

La culotte du loup, Stéphane Servant, Laetitia Le Saux, Didier Jeunesse.

La culotte du loup« Loup, y es-tu ? M’entends-tu ? Que fais-tu ? » demandent les trois petits cochons. Le loup, lui, aimerait bien les croquer, ces trois saucissons ambulants mais voilà que sa culotte est trouée. Ni une, ni deux, il file au magasin en acheter une nouvelle. En acheter ? Non, car sans argent, le vendeur a besoin en échange d’un service rendu. Mais voilà qu’à chaque fois le loup est appâté par une culotte de plus en plus belle… de plus en plus chère… Finalement, les croquera-t-il enfin, ses jambons ?
Cette histoire de loup fashion victime qui se laisse tenter par les dernières modes est totalement jubilatoire. À chaque montée crescendo de l’histoire, le lecteur est saisi par le rire. Et le dénouement, inattendu, surprend et ajoute encore une bonne dose d’humour et de frisson.
La culotte du loup : un album qui se savoure et amuse, à lire et relire pour de bons moments de lecture partagés.

L’homme qui m’aimait tout bas

L’homme qui m’aimait tout bas, Éric Fottorino, Gallimard.

L-homme-qui-m-aimait-tout-basSon père est mort. Il s’est tiré une balle en pleine tête. Ce fils tente alors de faire son deuil, où présent et passé se mêlent.
Dans ce roman, le narrateur livre des souvenirs comme le fil de ces pensées : de façon souvent discontinue, en puzzle. La mémoire vient répondre à la souffrance. L’enfance rejoint le quotidien. Bref, tout se mélange pour ne laisser que l’émergence des sentiments. Et le deuil, doucement, se fait. Le père pied noir, la vie mouvementée, la douceur de la paternité, tout se cumule.
Un roman puissant, intense en émotions : un beau voyage fort émouvant.

Complice(s)

Complice(s), Eireann Corrigan, Accomplice, Pascale Houssin, Milan, Macadam.

complicesQuelle bonne idée ! Pour se faire remarquer, faire parler de soi, devenir connue, pourquoi ne pas simuler l’enlèvement de sa meilleure copine ? Les deux filles auront ainsi la gloire éternelle ! Sauf que… la réalité devient bien vite un cauchemar. Les mensonges prennent des proportions ingérables, la vitesse de la spirale est exponentielle et le retour à la réalité semble impossible…
Voilà une bien grosse bêtise, qui tient en haleine autant les personnages que le lecteur du début à la fin. Au moins, grâce au roman, l’envie de reproduire le schéma devrait passer bien vite aux jeunes lecteurs. Aussi, l’intensité de l’action permet de bien saisir les différents sentiments de chaque personnage et la proportion des événements. C’est donc avec grand talent que l’auteur mène son roman de la première à la dernière page, avec un suspense nécessairement grandissant, qui augmente en même temps qu’un malaise inévitable. On est happés, on est scotchés, on est heurtés : une drôle d’expérience, que l’on est contents de ne vivre qu’en lecture une fois le livre refermé.

Pensée assise

Pensée assise, Mathieu Robin, Actes Sud Junior.

pensée assiseThéo a eu un accident et, depuis, il est en fauteuil. Et c’est bien pourri. Pas d’avantages, que des complications. Heureusement il rencontre LA fille. Mais même là, le bonheur est teinté d’un « mais ».
Ce personnage, on a envie de boire un verre avec lui et de l’entendre continuer à parler bien plus longtemps que durant les 19 chapitres du livre. Car Theo assume totalement ses pensées, critique, se met en colère. Bref, il vit, sans hypocrisie. Il constate les regards, les différences, il commente les gens, il se confie à nous et on se sent son meilleur ami. Pas de pathos dans ce récit, pas de faux espoirs, pas de faux message « Youhou le handicap c’est rien ». Non, le handicap, ça craint. Mais on n’en oublie pas pour autant d’être heureux. Allez rencontrer Théo, vous ne le regretterez pas.

June, Tome 1, Le souffle

June, Tome 1, Le souffle, Manon Fargetton, Mango Jeunesse.

June, Tome 1, Le souffleJune vit dans un bordel. June n’a pas la vie facile. Et June ne le sait pas mais elle est destinée à de grandes choses. Car elle est unique. Car elle possède un don.
Bon… le topo est plutôt classique mais pourquoi pas ? En général, si on utilise un canevas qui marche et que l’on sait saupoudrer suffisamment de suspense, on scotche bien les lecteurs et on les captive durablement. Durant la première partie, aucun souci, le processus fonctionne : on s’attache au personnage, on guette les indices semés qui nous font voir plus loin que les faits narrés au premier plan, on est pris dans l’action. Et puis, plouf, on tombe dans la seconde partie. Et avec la lenteur des événements survient l’ennui. Et le fantastique devient artificiel. Et le cliché devient trop grand. Bref, on tombe dans le raté. C’est regrettable car je commençais à bien aimer June et à avoir envie de la suivre. Mais ce dérapage fait fermer le livre. Dommage.

L’Ogresse en Pleurs

L’Ogresse en Pleurs, Valérie Dayre, Wolf Erlbruch, Milan Jeunesse.

l'ogresse en pleursGrand classique de la littérature pour la jeunesse, cet album est un incontournable que chacun se doit de posséder dans sa bibliothèque.
Parce que, enfin, l’on voit une ogresse dont l’appétit sans fin vous fera frémir comme jamais. Parce que, diantre, elle mange un enfant, et pas n’importe lequel. Parce que, magnifiques, les illustrations sont à chaque page des œuvres d’art que l’on a envie de contempler sans ne plus jamais s’arrêter. Pourtant, l’envie de connaître la suite nous fait tourner les pages et, arrivé au dénouement, il faut alors recommencer la lecture pour en savourer chaque détail, chaque résonance, chaque émotion.
Voici un grand, grand, album, dont la lecture à haute voix vous marquera à jamais.

l'ogresse en pleurs inter

Ogre noir

Ogre noir, Rascal, Pascal Lemaitre, Pastel.

ogre noir« La nuit était tombée et l’ogre dormait encore. C’était un ogre sans nom. Un ogre terrible. Sa barbe était terriblement longue. Ses mains terriblement larges. Son ventre terriblement gros. Et ses dents terriblement pointues. »
Vous l’avez compris, cette histoire, terriblement effrayante, il vous faut la lire à haute voix pour en savourer toutes les sonorités, pour frémir à foison, pour en profiter à chaque ligne. Car bien sûr, l’ogre a tout du stéréotype que l’on chérit tant et l’on adore le voir en action, on aime le rusé pris à son propre jeu, on jubile du dénouement. Et les mots, telle une valse, nous font voyager à chaque page, loin, très loin, au pays des contes.
Un album incontournable qui met bien l’ogre à l’honneur.

ogre noir inter

Le mystère Black Thorn

Le mystère Black Thorn, Kévin Sands, Pascale Jusforgues, The Blackthorn Key, Bayard Jeunesse.

Le mystère Black ThornXVIIe siècle. Christopher est apprenti apothicaire. Le jeune garçon se débrouille plutôt bien et tente de briller à chaque instant. Malheureusement, son apprentissage se retrouve soudainement interrompu : une série de meurtres visant spécifiquement les apothicaires a lieu à Londres. Et, bientôt, son maitre fait partie des victimes.
Ce roman mêle habilement : le côté thriller à suspense ; un personnage attachant fort sympathique ; une bonne dose d’énigmes internes à résoudre. Du coup, le lecteur ne s’ennuie jamais et participe activement : à la recherche de la résolution des petites énigmes et à celle de la grande qui sert de fil rouge. Les pages se tournent alors une vitesse folle et l’on ne voit pas les 500 pages passer. Assurément, voici un bon ouvrage pour les amateurs de nuits blanches.