Inaccessibles, Plus dure sera la chute, Tome 1, La tour aux mille étages

Inaccessibles, Plus dure sera la chute, Tome 1, La tour aux mille étages, Catherine McGee, Isabelle Troin, Michel Lafon.

inaccessiblesL’auteur a eu une idée : créer un avenir où une immense tour de mille étages vaut classement social. Bon. Pourquoi pas. L’auteur a eu une seconde idée : annoncer dès le début la mort d’un protagoniste mais en laissant le mystère de son identité et de la cause de son décès. Re bon. Re pourquoi pas. Cela a le mérite de générer un suspense dès le début et d’intriguer le lecteur. L’auteur a eu encore une idée : donner l’impression futuriste avec des prénoms sortis de son imagination. Euh… non, cela, on s’en serait passé. Et l’auteur n’a ensuite pas vraiment eu d’idée mais a vraisemblablement eu envie d’écrire un pavé malgré tout. Du coup, elle a la recette : multiplier les personnages, multiplier du même coup les intrigues secondaires, patouiller pour que la sauce prenne (mais cela ne prend pas) et surfer sur les bons gros clichés familiaux et amoureux. Et le topo de départ ? Oui, oui, elle fera le lien puisque de toute façon elle l’a annoncé. Donc elle va tout tirer par les cheveux, mener sa narration sans avoir de réelle anticipation de construction et… saouler bien vite le lecteur qui aura envie de refermer le livre avant la centaine de pages tant tout cela semble former un indigeste brouillon.

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Normal(e)

Normal(e), Lisa Williamson, Mathilde Tamae-Bouhon, The art of being normal, Hachette jeunesse.

normal(e)David est né dans un corps de garçon mais il est une fille. Ou plutôt, pour l’instant, il veut être une fille. Mais comment l’annoncer à ses parents qui pensent qu’il est gay ? Heureusement, sa rencontre avec Leo va bouleverser sa vie.
Voici un roman sur les enfants transgenres tout en finesse et délicatesse. Non sans rappeler les récents George et Celle dont j’ai toujours rêvé, ce roman se différencie par l’omniprésence de la banalité de l’adolescence de ses deux personnages principaux. David et Leo ont leurs premiers amours, leurs premières fêtes, leurs premières cuites. Bien sûr, l’identité sexuelle interroge mais elle fait partie d’un tout plus grand : la vie. Voici un roman qui aborde ce sujet important sans entrer dans les clichés : une belle réussite.

Inséparables

Inséparables, Sarah Crossan, Clémentine Beauvais, Rageot.

inséparables
Elles sont siamoises.
Mais non, voyons,
elles sont surtout Grace et Tippi.
Tippi et Grace.
Deux jeunes filles,
certes reliées,
mais totalement adolescentes.
Qui font des expériences.
Qui ont envie de vivre.
Qui vivent.
Quelle histoire, quelle narration, quelle poésie, quelle intensité ! Voici une œuvre d’excellence qu’il faut absolument lire. Le récit est palpitant, les mots sont justes, l’approche est parfaite et l’émotion, ah l’émotion… un tsunami de lecture qui saisit à la gorge et bouleverse intensément.
Grace et Tippi, je ne pourrai plus les oublier. Ne passez pas à côté.

Naissance des cœurs de pierre

Naissance des cœurs de pierre, Antoine Dole, Actes Sud junior.

naissance des coeurs de pierreDésolée, je ne vous résumerai l’intrigue. En effet, après avoir lu la quatrième de couverture, je ne veux pas tenter de créer une annonce qui serait aussi ratée que celle du résumé. Car le problème est grand : en quelques lignes sur une 4e de couv, le roman est associé aux romans dystopiques lambdas. Pire, il semble user de clichés moult fois vus et revus en anticipation. Or, il suffit d’ouvrir le roman et l’on se rend immédiatement compte que le style d’Antoine Dole fait voltiger en éclats les pseudos clichés et qu’on est loin, ô oui, d’une structure classique. Ici, les personnages ne sont pas du tout caricaturaux et parfaitement réalistes. Le style bouleverse et émeut à chaque page et la construction, quelle construction !, te scotchera. Mais je n’en dis plus pour ne pas spoiler. Sache seulement que si tu es déjà un lecteur du grand Dole, tu pourras penser à un autre titre en arrivant au dénouement. Voilà dans tous les cas comment on surprend son lecteur tout en le bouleversant : en lui offrant à lire Antoine Dole.

La fourmi rouge

La fourmi rouge, Emilie Chazerand, Sarbacane, eXprim.

la fourmi rougeAlors là, accrochez-vous, ce roman est une pépite rarissime. Fouillez autant de mines à diamant que vous voulez, vous aurez du mal à trouver un roman aussi étincelant.
Je ne sais même pas par où commencer. Peut-être par le fait que Vania Strudel est un personnage totalement inattendu, absolument fabuleux, intensément attachant et parfaitement unique. Ou bien je devrais peut-être vous parler du style, mais bon sang quel style !
J’avais pensé vous montrer quelques citations mais vous vous seriez retrouvés inondés de photos. [J’explique : dans les années 90, on est d’accord que tout ado normalement constitué écrit les citations de ses romans préférés sur des post-its collés au mur de sa chambre ? Bon. À l’ère de l’an 2017, l’adolte (ado-adulte) prend des clichés avec son smartphone et blinde sa carte sd. Bref, j’ai eu envie de photographier chaque page.] Donc le mieux de garder toujours sur soi le roman, au moins je peux relire chaque citation à l’envie. Car les phrases de Vania sont exceptionnelles d’intensité, merveilleusement bien tournées, terriblement drôles ou tragiquement tristes. Je n’ai que rarement eu autant envie de rire ou de pleurer à si peu de pages d’intervalle. Je pourrais vous parler de chaque passage pendant des heures tant ils sont riches et me donnent envie de parler, de commenter, d’admirer. Pour vous dire, la dernière page tournée, je n’ai eu qu’une envie : recommencer au début afin de profiter encore une fois de cette expérience de folie.
Si je ne savais où commencer, bien sûr que je ne sais encore moins comment conclure. Retenez une seule chose : vous ne vivrez plus jamais pareil après avoir la connaissance de Vania.
Jamais un personnage ne vous a fait cet effet.
Jamais vous n’avez ri comme cela.
Jamais vous n’avez lu cela.
Vraiment, Emilie Chazerand, tu viens de créer une dépendance vitale à tes mots. Vite, écris ! Vania, tu me manques déjà.

Illuminae, tome 1, Dossier Alexander 01

Illuminae, tome 1, Dossier Alexander 01, Amie Kaufman, Jay Kristoff, Corinne Daniellot, Casterman.

illuminaeQuel livre étonnant ! J’ai eu peur que la quatrième de couverture révèle trop d’informations sur l’intrigue mais il n’en est rien. Je peux donc vous dire sans problème que : une planète est attaquée, deux ex séparés, des secrets dévoilés et une intelligence artificielle aux commandes de quelques manettes. Rassurez-vous, en sachant tout cela, vous ne savez encore rien.
Parlons donc de l’ouvrage : au début, le processus narratif peut déstabiliser. En effet, point de narration classique, aucune focalisation interne, pas de récit externe. Ici, seuls des documents sont amoncelés. Du coup, nécessairement, je comprends qu’il puisse être difficile pour certains lecteurs d’adhérer à l’œuvre et de s’intéresser à l’intrigue. Pour ma part, je ne peux toujours pas dire si j’ai aimé ou non ce premier tome. Notons que par moments la guimauve était un peu trop présente mais, heureusement, elle ne dure pas.
En revanche, ce qui est sûr, c’est que je suis bluffée par les jeux de typographie où la forme participe au sens, où le texte devient image sans pourtant utiliser de visuels intégrés et où l’émotion naît de cette mise en page particulière. Quelle réflexion pour créer à la fois cet univers d’une très grande richesse et cette présentation originale et novatrice ! Aussi, les coups de théâtre furent pour ma part totalement imprévisibles et j’adore me faire duper efficacement. Bref, un sans faute littéraire, qu’il faut découvrir ne serait-ce que pour tenter cette expérience unique de lecture.

La Lectrice

La Lectrice, Traci Chee, Magali Duez, Robert Laffont, R.

la lectriceSefia voit sa vie doublement bouleversée. La première fois lorsque ses deux parents décèdent, après avoir été torturés. La seconde lorsque sa tante est enlevée et promise au même sort. Mais le code de la lecture lui ouvre soudain de nouvelles portes, un nouvel avenir.
Durant la première moitié du livre j’ai trouvé l’écriture totalement addictive. J’ai aimé l’histoire, les personnages, l’univers. La mise en abyme fonctionne, les petits jeux de lecture sont divertissants, sympathiques et attrayants et le suspense haletant. Par moment toutefois l’intérêt s’étiole car les récits annexes se multiplient trop. Enfin arrive la moitié de l’ouvrage. Et, malheureusement, l’intérêt décroît à cause de la multitude de sujets lancés. La prépondérance des questions sans réponse gâche le suspense. Aussi, les aspects magie et pouvoir m’ont gênée : on perdait de vue le sujet principal de la lecture. C’est dommage car l’écriture est bonne, autant que les idées. Comme quoi cela ne suffit pas à engendrer un tout réussi sur toute la ligne.

Frappe-toi le cœur

Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb, Albin Michel.

Frappe-toi-le-coeurDans ce nouveau Nothomb, on retrouve ses thèmes favoris : la beauté, la fascination, la maigreur, la démesure, le champagne. Et puis, il y a aussi des petits nouveaux : la maternité, la jalousie, la famille. Les points de vue changent au début du roman et l’identification non définitive permet au départ de multiplier les opinions. Puis, l’on centralise l’attention et les émotions sur une figure. Et, un peu regrettable, comme souvent, cela va vite, très vite. Les années filent et les émotions si bien transmises s’étiolent avec la rapidité. Pourtant, les idées étaient là. Amélie, on peut, aussi, dépasser les 100 pages, parfois.

The sun is also a star

The sun is also a star, Nicola Yoon, Karine Suhard-Guié, Bayard jeunesse.

The-sun-is-also-a-starUne histoire d’amour dont la quatrième de couverture l’annonce déjà comme naturellement aussi intense que tragique. Deux personnages dont les destins n’étaient pas supposés se croiser. Un roman comme une parenthèse.
C’est sûr, il faut aimer un brin la guimauve fleur bleue pour apprécier la lecture de ses pages intensément romantiques. Mais il n’y a pas que cela : le roman parle aussi d’autres histoires, d’autres figures, secondaires certes, mais qui viennent le temps d’un chapitre sur le devant de la scène. Et puis, il y a bien sûr cette réflexion sur l’immigration, l’expulsion, les origines. Et le roman se teinte alors de couleurs et d’odeurs d’ailleurs tout en donnant envie au lecteur de ne pourtant pas décoller d’un orteil de la Terre américaine. Bref, c’est une love story qui se dévore passionnément. Peut-il en être autrement pour une vraie bonne love story ?

Sauveur et fils, saison 2

Sauveur et fils, saison 2, Marie-Aude Murail, L’école des loisirs.

sauveur et fils 2Ah, quel plaisir de retrouver de vieux amis ! Car depuis la fin du tome 1, il est certain que les personnages de Marie-Aude nous ont manqué. Loin de la figure de papier, ils ont continué à s’insinuer dans nos pensées, à faire vivre les souvenirs, à vivre, finalement. Et, enfin, on a l’occasion de les côtoyer, de prendre de leurs nouvelles, de suivre leurs péripéties. Comme dans la vie, chacun a naturellement ses chouchous et pense même, secrètement, quelque chose sur la vie de l’autre. Elle a ce don, Marie-Aude, de tant coller à la vie que l’on ne peut croire qu’à la vraie, et agir face aux lignes comme aux secondes de la vie. Bref, ce réalisme passionne, naturellement. Et la saison 2 embarque son lecteur avec efficacité. Heureusement, la saison 3 n’est pas loin. Ouf, il ne faudrait pas nous abandonner après d’aussi belles rencontres.