On dirait nous

On dirait nous, Didier Van Cauwelaert, Albin Michel.

On dirait nousUn couple, qui s’aime. Tout semble facile, évident. Et l’envie de faire un enfant pointe le bout de son nez. Sauf que ce ne sera pas n’importe quel bébé, mais peut-être une réincarnation. Enfin… si l’on y croit ? Car, c’est impossible, n’est-ce pas ?
Dans ce roman, tout commence comme une jolie histoire d’amour, dont on savoure chaque instant de la passion amoureuse des tout petits moments, des frémissements des débuts. Et puis, l’étrange arrive, à pas de loup. Les personnages doutent, et nous aussi. Alors, on est pris dans l’histoire, on s’interroge, on commence à être pleinement au sein de la « fiction ». Et l’envie de connaître le dénouement, le fin mot de l’histoire, se fait de plus en plus pressante. Voici une histoire qui fonctionne, et qui se lit avec plaisir.

A la place du cœur, saison 2

A la place du cœur, saison 2, Arnaud Cathrine, Robert Laffont, R.

à la place du coeur 2J’avais un avis très mitigé sur la saison 1. Une écriture soignée, des personnages attachants… Mais un trop plein en arrière-plan qui fait finalement perdre au réalisme. Pourtant, les personnages continuaient de me trotter dans la tête et j’avais bien envie de savoir ce que devenait Caumes. Le tome 2 commence et, au début, la réponse tarde. Mais l’écriture toujours très travaillée est bien présente et le charme fonctionne. Vite, on est de nouveau happés dans le récit de cette deuxième saison. Et puis, surprise, l’auteur change (soudainement ?) une info importante de la narration, crée un nouveau cadre. Cela peut déstabiliser le lecteur qui peut penser que l’auteur sort d’un coup cette idée de sous son chapeau, en cours de route, sur un coup de tête. Mais, admettons. Et si on admet, cela passe. Cette fois, le cadre n’est pas too much, et les qualités trouvées au premier tome sont encore réunies. Du coup, ce tome m’a même davantage séduite que le précédent. Une seule conclusion donc : à quand la saison 3 ?

Follow me back

Follow me back, A.V. Geiger, Frédérique Le Boucher, Robert Laffont, R.

Follow me backEn lisant le résumé, je pensais clairement décrocher au bout de quelques pages. Une ado qui ne veut plus sortir de chez elle à cause d’un mystérieux événement de l’été dernier, qui est fan d’une grande star et le crie sur twitter ; un ado star qui déteste l’image qui est renvoyée de lui à travers Twitter… Une rencontre virtuelle entre les deux protagonistes… bref le topo semble bien plié et l’on se dit qu’on a déjà tout compris. Et, surprise, pas du tout ! Et pourtant ils sont rares les romans où, lorsque Twitter entre en scène, on reste littéraire. Car souvent, on tombe sur un ramassis de clichés et d’évidences. Là, gros succès, l’auteur crée une vraie intrigue, réellement riche en suspense, pleine de rebondissements, avec des coups de théâtre réellement surprenants. En plus, les personnages sortent des sentiers battus : la mère en a ras les couettes de voir sa fille avec ses problèmes psychologiques, même si elle la soutient. De même pour le petit copain. Bref, le réalisme est bien là. Bilan : j’ai été totalement accro à l’histoire ! J’ai eu l’impression d’avoir 15 ans et j’ai dévoré le roman. Une vraie surprise pour un roman que les préjugés m’avaient vite fait ranger en chicklit clichée. Et jamais un roman n’a su procurer un tel suspense sur la dernière ligne ! Quelle dernière ligne ! (Pour les lecteurs bizarroïdes qui s’obstinent à la lire dès le début, là, vraiment, abstenez-vous.)
Je ne peux donc que vivement vous conseiller Follow me back, vous ne le regretterez pas.

Aussi libres qu’un rêve

Aussi libres qu’un rêve, Manon Fargetton, Castelmore.

aussi libres qu'un rêveL’histoire résumée sur la quatrième m’a donné envie de (re)tenter un Manon Fargetton. En effet, même si je trouve des défauts dans ses ouvrages, il est certain que l’auteur a le don de créer des univers qui m’attirent et son écriture est plutôt entraînante.
Ici, deux jumelles sont destinées à un avenir totalement différent en raison de leur date de naissance : l’une est née en décembre, l’autre en janvier. Et dans cette dystopie, cela a toute son importante car elles sont ainsi vouées à deux métiers totalement différents.
Bon, le topo de base correspond bien à une dystopie classique. On est certes dans le cliché mais le cliché a parfois du bon. Bref, l’idée séduit. Après, le problème est que l’auteur veut dire plein de choses et cela va un peu vite. Alors certes, au moins, il est certain qu’on ne s’ennuie pas. Mais la rapidité fait aussi décrocher du concept de réalisme et tout devient trop artificiel, trop préconçu. Notons tout de même que j’ai lu l’ouvrage très vite, preuve qu’il tient tout de même en haleine. Seulement, je n’ai pu tout du long que me dire : aïe, la construction est trop rapide, zut, c’est attendu, flûte, je vais encore devoir pointer les défauts. Et du coup, encore une fois, c’est dommage. J’ai vraiment envie d’aimer un Manon Fargetton, mais là encore cela ne prend pas.

Trois jours à Oran

Trois jours à Oran, Le désir et la peur, Anne Plantagenet, J’ai lu.

trois jours à oranAccompagnée de son père, pied-noir qui a dû quitter son Algérie natale, l’auteur raconte ce retour, ou plutôt cette découverte, au sein de ce pays d’origine.
Ce voyage, Anne Plantagenet nous y invite au fil des pages. Avec elle, on se sent guidé, tenu par la main. Et l’on voit arriver le soleil, la terre sablée, les rues, les odeurs.
Tout en offrant le récit de ce périple, l’auteur casse la chronologie afin de nous narrer également son passé, récent ou lointain, pour mieux saisir ses émotions. Et celles de son père sont tout aussi palpables. Les noms des rues qui ont, ou non, changé, la famille que l’auteur tente de visualiser, les origines, certaines, sur cette terre si méconnue… tout crée le bouleversement tant chez l’auteur que chez le lecteur. Quant à la postface, nécessaire, elle permet de mieux comprendre, de replacer dans un contexte, de répondre aux éventuelles questions que l’on peut avoir.
Après ce voyage littéraire de trois jours, il est certain que l’on n’a qu’une seule envie : monter dans le premier avion, avec son papa pied-noir, pour qu’il nous narre, à son tour, ce passé mouvementé finalement pas si lointain.

L’homme qui m’aimait tout bas

L’homme qui m’aimait tout bas, Éric Fottorino, Gallimard.

L-homme-qui-m-aimait-tout-basSon père est mort. Il s’est tiré une balle en pleine tête. Ce fils tente alors de faire son deuil, où présent et passé se mêlent.
Dans ce roman, le narrateur livre des souvenirs comme le fil de ces pensées : de façon souvent discontinue, en puzzle. La mémoire vient répondre à la souffrance. L’enfance rejoint le quotidien. Bref, tout se mélange pour ne laisser que l’émergence des sentiments. Et le deuil, doucement, se fait. Le père pied noir, la vie mouvementée, la douceur de la paternité, tout se cumule.
Un roman puissant, intense en émotions : un beau voyage fort émouvant.

Complice(s)

Complice(s), Eireann Corrigan, Accomplice, Pascale Houssin, Milan, Macadam.

complicesQuelle bonne idée ! Pour se faire remarquer, faire parler de soi, devenir connue, pourquoi ne pas simuler l’enlèvement de sa meilleure copine ? Les deux filles auront ainsi la gloire éternelle ! Sauf que… la réalité devient bien vite un cauchemar. Les mensonges prennent des proportions ingérables, la vitesse de la spirale est exponentielle et le retour à la réalité semble impossible…
Voilà une bien grosse bêtise, qui tient en haleine autant les personnages que le lecteur du début à la fin. Au moins, grâce au roman, l’envie de reproduire le schéma devrait passer bien vite aux jeunes lecteurs. Aussi, l’intensité de l’action permet de bien saisir les différents sentiments de chaque personnage et la proportion des événements. C’est donc avec grand talent que l’auteur mène son roman de la première à la dernière page, avec un suspense nécessairement grandissant, qui augmente en même temps qu’un malaise inévitable. On est happés, on est scotchés, on est heurtés : une drôle d’expérience, que l’on est contents de ne vivre qu’en lecture une fois le livre refermé.

Pensée assise

Pensée assise, Mathieu Robin, Actes Sud Junior.

pensée assiseThéo a eu un accident et, depuis, il est en fauteuil. Et c’est bien pourri. Pas d’avantages, que des complications. Heureusement il rencontre LA fille. Mais même là, le bonheur est teinté d’un « mais ».
Ce personnage, on a envie de boire un verre avec lui et de l’entendre continuer à parler bien plus longtemps que durant les 19 chapitres du livre. Car Theo assume totalement ses pensées, critique, se met en colère. Bref, il vit, sans hypocrisie. Il constate les regards, les différences, il commente les gens, il se confie à nous et on se sent son meilleur ami. Pas de pathos dans ce récit, pas de faux espoirs, pas de faux message « Youhou le handicap c’est rien ». Non, le handicap, ça craint. Mais on n’en oublie pas pour autant d’être heureux. Allez rencontrer Théo, vous ne le regretterez pas.

June, Tome 1, Le souffle

June, Tome 1, Le souffle, Manon Fargetton, Mango Jeunesse.

June, Tome 1, Le souffleJune vit dans un bordel. June n’a pas la vie facile. Et June ne le sait pas mais elle est destinée à de grandes choses. Car elle est unique. Car elle possède un don.
Bon… le topo est plutôt classique mais pourquoi pas ? En général, si on utilise un canevas qui marche et que l’on sait saupoudrer suffisamment de suspense, on scotche bien les lecteurs et on les captive durablement. Durant la première partie, aucun souci, le processus fonctionne : on s’attache au personnage, on guette les indices semés qui nous font voir plus loin que les faits narrés au premier plan, on est pris dans l’action. Et puis, plouf, on tombe dans la seconde partie. Et avec la lenteur des événements survient l’ennui. Et le fantastique devient artificiel. Et le cliché devient trop grand. Bref, on tombe dans le raté. C’est regrettable car je commençais à bien aimer June et à avoir envie de la suivre. Mais ce dérapage fait fermer le livre. Dommage.

Desolation Road

Desolation Road, Jérôme Noirez, Gulf Stream Éditeur, Courants noirs.

desolation roadElle, c’est June. Elle va bientôt être exécutée. Lui, c’est David, son compagnon de route, son complice. Non, son homme, son amour, sa raison d’être. Mais David est déjà mort, son exécution a déjà eu lieu. Alors l’air de June a pris un autre goût et l’attente de la mort se fait plus douce. Il faut dire que, sur la route, ils en ont profité du bon temps, et, sûr, ils ont aussi pas mal dérapé. Peut-on leur en vouloir ?
Dans cette histoire, le manichéisme en prend un coup. Bien sûr, le lecteur ne peut que constater les faits et songer au mal. Mais ! Mais le récit de June bouleverse, fait tomber les barrières, insinue le doute. Et le cœur balance. Et le récit de June se dévore, et il émeut, et on est nécessairement « complice » de son tragique destin. Desolation Road est un roman fort, bouleversant, intense et puissant. Une pépite qui explose et dont on admire le feu d’artifice qui nous brûle longtemps la rétine. Chapeau.