Les lois naturelles de l’enfant

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Pour ou contre Céline Alvarez : le grand débat (actuel) des enseignants.

I. Un faux débat
Pour : « les résultats sont fabuleux ! », « on ne peut nier la réussite des enfants ! », « et en plus, elle l’a fait en banlieue, et non pas avec des enfants issus de milieux favorisés ». Contre : « elle n’a travaillé que trois ans et croit tout savoir », « elle a eu plein de matériel qu’on n’a jamais en vrai ».
Le débat est lancé, les enseignants argumentent et choisissent un clan. Sauf que. Sauf que le « débat » n’en est pas vraiment un. Il n’est pas honnête. Je m’explique. Céline Alvarez a certes bénéficié de plein de matériel, d’une jolie classe, etc. Et c’est bien vrai que, lorsqu’on a une classe lambda, on ne peut pas acheter des bouts de bois rouges qui coûtent un bras. Mais Céline rétorque que le matériel ne fait pas tout. Non, non, c’est la méthode vois-tu. Bah oui, t’es un peu con, toi, l’enseignant, si tu crois que c’est juste parce qu’elle a acheté tout plein de jolis trucs que ses gosses savent lire à 4 ans. Bah non ! Elle y a aussi mis tout son savoir-faire. Et là, attention, elle agace fort Céline. Car elle nous dit qu’il faut mettre de l’amuuuur quand on enseigne, et parler gentiment. Moi qui hurle chaque jour sur les gosses en disant « apprends ! », c’est vrai que ça m’en a bouché un coin. Voilà, en gros, pourquoi Céline énerve. Car, avec un petit ton supérieur, elle explique comment faire passer le savoir. Et même si elle ne dit jamais que nous (nous, ce sont les pauvres enseignants ordinaires) on est nuls, on a quand même bien l’impression que c’est ce qu’elle sous-entend.
Quand elle explique que l’inspecteur se trompe en demandant à l’enfant de dire ce qu’il fait alors qu’on voit bien qu’il roule un tapis, je comprends l’argument. Mais ce genre de phrase sous-entend que l’éducation nationale est un ramassis d’abrutis qui n’y pigent que dalle. Et, ça, forcément, c’est agaçant.

II. Nous, enseignants à la noix
Revenons au début. Céline a choisi une classe exprès en rep pour bien montrer que si ça marche avec les plus nuls, ça marche partout. Bon. Il est vrai que si elle avait travaillé chez les riches, on le lui aurait reproché. Mais ! Mais Céline oublie quelques « détails », et je ne parle même pas du matériel puisqu’elle précise un milliard de fois que ce n’est pas le plus important. Céline oublie qu’elles sont deux à être « au taquet ». Rappelons que toutes les classes ne bénéficient pas d’ATSEM et que, tiens, il faudrait faire un sondage (car Céline aime bien les stats) bien des ATSEM ne sont pas tout à fait telles qu’on les voudrait. Il n’y a qu’à voir le nombre de conflits dans les écoles maternelles.
Alors admettons. Admettons que notre ATSEM soit au top du top, Céline a encore oublié un truc ! Bah oui, il est où l’handicapé ? Non parce que bon, dans quasi chaque classe, on a un autiste, un handicap moteur, un retard mental, ou que sais-je encore ? Ah, j’ai lancé un pavé. Car oui, au grand nom de l’inclusion, on doit inclure, dès la petite section, sans avs, sans personne, touuuus les élèves, pour l’égalité des chances tout ça tout ça. Moi j’aurais bien aimé le voir l’élève qui hurle à la mort non stop et qui casse tout. J’aurais bien aimé voir Céline lui expliquer avec son regard bienveillant comment il doit apprendre à canaliser sa colère. Parce que n’oublions pas que nous, on ne sait pas parler aux enfants. On n’utilise pas la bienveillance, ni les sourires, ni le contact humain. C’est bien connu.
Et suis-je bête ! Quand un enfant fait une bêtise, Céline lui dit « non », d’un ton ferme. Oooh… que de bouleversements…
Céline Alvarez s’adresse donc aux enseignants de la « vieille école », ceux qui (rhooo les nuls, bouuuh !) font des groupes de couleurs pour les ateliers. Les groupes, pouah, c’est vilain pas beau. Et pendant tout le livre, hormis un brin glissé en conclusion, Céline généralise sur ces enseignants de la lose qui n’ont aucune pratique innovante. Euh, la maternelle actuelle, on en parle Céline ? Non parce qu’on a pleiiiin d’autres fonctionnements que ceux des groupes de couleur, t’es au courant ? Non ? Ah bah non.

III. Co-éducateurs, avec les parents
Et ses résultats me font un peu sourire. Car, encore une fois, Céline insiste, le matériel ne fait pas tout. C’est la méthode. Et les parents sont étonnés du changement de comportement de leur enfant. Alors, Céline, je te rassure, ça arrive plein de fois en maternelle. Les parents, si, si, c’est vrai, je te jure, je l’ai vu, viennent te dire que c’est fou les progrès, la concentration, le langage, tout ça. Alors oui, moi, mes élèves ne savent pas lire à 4 ans. Je m’incline, je rampe, je bave. Peut-être qu’on aurait moins de non lecteurs en CM avec ta méthode. Mais ta méthode demande : certes pas de matériel, mais bon quand même un peu, d’être deux adultes au top et d’avoir les parents in the pocket. Ah, tiens, j’oubliais ça, les parents ! Tu nous dis, dans ton livre, que tu t’es battue (aïe, ouille) pour que les parents d’un de tes élèves arrêtent les écrans avec leur enfant car tu n’arrivais à rien avec lui. Ils ont enfin abdiqué, ils ont enlevé les écrans et miraaacle, amen Céline, il est devenu élève. Pardon, tu ne dis pas élève. Bon, il a commencé à s’intéresser à la vie de la classe. Bah oui Céline mais le souci, c’est que dans la vie (la vraie, je veux dire, les millions d’autres parents qui ne composent donc pas la quarantaine que tu as vue), les parents, ils en ont rien à secouer de tes beaux discours. Mais vraiment. Et donc, la télé, ou autre chose, ils n’arrêteront pas. Et que donc, cet enfant avec qui tu n’arrives à rien si les parents ne changent rien, bah tu n’y arriveras pas. Ah si, car, toi, tu insistes. Of course.

IV. En forme, tu seras
Ah, et un dernier petit point un peu énervant de ton livre. (Parfois, on dirait même que tu le fais exprès.) Tu nous dis, en gros : « ne vous fatiguez pas hein, il faut être en forme pour les enfants, sinon ça ne marche pas. » Ooooh… Je suis subjuguée. Non, sérieux, je n’y avais pas pensé. Mais dis-moi t’as rédigé ton compte-rendu de réunion de conseil de cycle ? Et le résultat de ton PPMS ? Et tu vérifieras que t’as bien le car pour ta sortie (et les autorisations). Ah et t’as fait ta coopé ? T’es peut-être de service en plus demain ? Ah non, t’en étais exemptée ! (pourquoi au fait ?) Et t’as contacté la psy pour Machine qui fait encore caca sur elle à 4 ans et se roule dans son caca après exprès ? Et faut que tu prennes rendez-vous avec les parents de Machin pour parler, encore, du fait qu’il aime bien exhiber ses parties intimes toute la journée. Bon, et du coup, euh, bah va te coucher ! On t’a dit qu’il fallait être en for-me ! Ah mais, je suis bête, t’as démissionné. Ouf.

V. Concluons
Le problème de Céline est qu’elle a beaucouuuup étudié l’enfant, le bébé, l’apprentissage, les chercheurs, tout ça tout ça. Mais l’école actuelle, pas trop. Ou alors, comme ce gros truc nul archaïque qui ne fonctionne pas. Et, globalement, son message c’est « faites comme moi ! » et moi j’entends : « petits enseignants, ne vous mettez pas trop de pression devant tout ce que je vous dis. Je sais que ça fait beaucoup pour vos petits esprits, alors allez y doucement ». Pour conclure : en vrai, je suis d’accord avec tes pratiques, Céline. Tu as raison. Voilà, c’est dit. Mais tu le dis mal. Tu nous parles comme à des gamins ignares en arrivant comme le Messie et c’est, comment te dire, un poil agaçant.

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Une réflexion sur “Les lois naturelles de l’enfant

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